Un parcours sans faute, cela n’existe pas en politique, comme d’ailleurs dans n’importe quel domaine. Quand le premier ministre Charest a présenté récemment son message inaugural à l’Assemblée nationale, il a commencé par un aveu bien simple mais du genre exceptionnel pour lui : " Mon gouvernement a commis quelques erreurs de parcours ces dernières années " ! En l’entendant, j’ai eu le goût de lui répliquer : " Mon cher Jean, il était temps que tu admettes l’évidence ". Mais surtout, j’aurais ajouté : " Au fait, Jean, de quelles erreurs parles-tu ? "
Car, en effet, notre premier ministre minoritaire n’est pas allé jusqu’à préciser ses fautes dans son acte de contrition. Toutefois, en l’entendant promettre de s’attaquer au fonctionnement chaotique des nouveaux conseils d’agglomération créés dans la foulée des défusions municipales, on aurait aimé l’entendre admettre qu’il s’était trompé aux élections précédentes alors qu’il avait promis de permettre de défaire les fusions réalisées par le gouvernement de Lucien Bouchard. En fait, il avait joué sur deux tableaux à la fois, une promesse de défusion tout en soutenant, sans trop insister, qu’il n’était pas question de revenir complètement en arrière.
C’est en tentant de résoudre cette contradiction qu’il a semé la pagaille un peu partout. Dans le cas qui nous concerne un peu, le grand Longueuil, il a permis aux partisans de la défusion, les gens de Brossard, Boucherville, Saint-Lambert et Saint-Bruno, de retrouver leur ville d’antan mais sans toute l’autonomie du passé et avec des obligations ainsi que des comptes de taxes plus élevés. Conséquence prévisible, une guérilla " urbaine " paralysante et une chicane entre maires qui n’en finit plus.
Même si je n’étais pas d’accord avec la méthode forte utilisée par Lucien Bouchard et la ministre des Affaires municipales Louise Harel, je reconnais qu’il y avait une logique à fusionner les villes de l’agglomération de la Rive-Sud immédiate de Montréal comme il y en avait eu une dans les années 60 à regrouper toutes les municipalités de l’Île Jésus pour créer Laval.
Toutefois, l’erreur de parcours péquiste dans ce dossier a été d’inclure dans la nouvelle grande ville Saint-Bruno alors que celle municipalité n’était pas partie prenante de l’agglomération naturelle de Longueuil. Incidemment, il faut savoir qu’une agglomération est un tissu urbain continu dans lequel les frontières municipales ne sont pas visibles à l’œil nu. Même président de l’Assemblée nationale, j’avais appuyé la député-ministre Louise Beaudoin qui s’opposait à cette inclusion forcée. Malheureusement, le premier ministre Bouchard ne voulait pas faire d’exception au projet concocté par les fonctionnaires des Affaires municipales et qu’il avait fait sien. Pourtant, il aurait dû. C’était une erreur de parcours !
Certes, Saint-Bruno n’a pas toujours été un coéquipier facile dans notre MRC de la Vallée du Richelieu. Mais, la géographie, l’urbanisme et l’histoire militaient pour que cette ville voisine reste avec nous. Quand on s’élève dans les airs, on voit très bien que Saint-Bruno n’appartenait pas à l’agglomération de Longueuil comme Boucherville, Saint-Lambert, Brossard ou Saint-Hubert. Elle fait partie de la Vallée du Richelieu constituée principalement de trois pôles naturels, les deux montagnes, le Mont-Saint-Hilaire et le Mont-Saint-Bruno, et le bassin de Chambly, cette excroissance de la rivière Richelieu.
Aujourd’hui, sept ans après la fusion forcée et la défusion ratée, peut-on penser que pourrait prévaloir le bon sens ? Je sais que c’est ce que demande beaucoup de citoyens de Saint-Bruno mais, curieusement, pas le nouveau maire et son équipe. Toutefois, j’ai bien peur que le premier ministre Charest soit aussi apeuré que l’a été le premier ministre Bouchard, les deux n’osant pas dire franchement aux gens de Boucherville, Brossard et Saint-Lambert que leur cas ne se compare pas à celui de Saint-Bruno. On ne peut pas toujours corriger ses erreurs de parcours et, quand on le peut, on ne peut pas nécessairement tout corriger. Mais, dans ce cas-ci, on devrait le faire.